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Des techniques efficaces

Le Dr Milton H. Erickson dans une séance d'hypnose conversationnelle

Le Dr Milton H. Erickson dans une séance d’hypnose conversationnelle.

L’hypnose conversationnelle est un ensemble de techniques de langage et de communication, douces mais (très) efficaces, que le Dr Milton H. Erickson[*] avait développé tout au long de sa (merveilleuse) pratique. Elle a été par la suite plus ou moins théorisée, notamment à travers les travaux d’instituts autour de l’Ecole (dite) de Palo Alto[*].

Mais aussi, la plupart des techniques modernes de communication comme la PNL (Programmation neuro Linguistique) en sont issues. Ces mêmes techniques sont d’ailleurs utilisées dans l’hypnose dite ericksonienne, et même médicothérapeutique (dont l’hypnosédation[*]).

L’imaginaire pour comprendre et apprendre

Pourtant cela est à l’origine vieux comme le monde! Le conte par exemple, sous ses différentes formes, notamment de marionnettes, dans ce qu’il a de métaphorique, pourrait en être une forme: par un langage imagé, et le talent de la conteuse ou du conteur, ainsi que son art de la “mise en scène”, va délivrer un certain nombre de messages.

Un tel conte ne sera pas forcément “thérapeutique”. Mais par ses effets bénéfiques sur la psyché et l’imaginaire de l’entendant, il aura un indéniable “effet thérapeutique”; et même d’enseignement. D’autant plus que l’humain comprend et apprend mieux par le jeu et l’humour… Et l’on retrouvera ces effets bénéfiques le fonctionnement cognitive et émotionnelle de son cerveau.

Le conte dans les traditions et cultures

Conteur arabe au milieu des Fellahs en Egypte, Goupil-Fesquet Frédéric Auguste Antoine, 1843

Un conteur parmi les fellahs en Egypte. Photo: Frédéric Goupil [*]

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il y a dans toutes les cultures humaines l’usage du conte. En Guadeloupe, cela est fortement ancré dans les traditions. Et concerne petits et grands, avec de merveilleux contes.

En Afrique, bien des messages, notamment de santé publique, passent par le conte, souvent mis en scène comme une pièce de théâtre. C’est également le cas en Chine, qui en a une tradition plusieurs fois millénaire; et plus largement en Asie. Mais l’on pourrait aussi citer l’Australie, et toute l’Océanie, par exemple. Quant à nos campagnes d’Europe, dont en Suisse, Belgique, et France, ainsi qu’encore peut-être plus en Scandinavie, ces traditions perdurent.

Dans les hôpitaux, en pédiatrie, nous avions introduit naguère, en plus de l’hypnose, l’usage du conte métaphorique et merveilleux, ainsi que la présence de clowns. Car, qui mieux qu’une ou un clown pouvaient raconter des contes… à vocation d’aide thérapeutique, dans un contexte par essence difficile, par exemple aux petits patients en oncologie? Et aussi les faire rire, leur apporter, ainsi qu’à leurs parents, mais également aux soignants, ces nécessaires moments de bonheur. Sachant que le rire est excellent pour la santé, et l’humour un remède souverain…

Soyez le “médecin” de votre enfant

Me concernant, j’utilise abondamment ces techniques, que la patiente ou le patient soit en état modifié de conscience (hypnose, sophrose) ou non. Je l’ai également beaucoup utilisé dans mes cours (y compris en formation continu des médecins) et conférences; et même dans mes chroniques journalières en radio, ainsi que mes articles. Et croyez-moi, cela a fait un bien fou, à toutes et tous! Et mêmes à celles et ceux qui, de prime abord, ou selon toute apparence, n’étaient pas forcément concernés.

Aussi, je recommande aux parents d’utiliser certaines de ces techniques avec leurs enfants. Un moment propice est le soir, lorsque l’un ou l’autre des parents va border l’enfant dans son lit: un moment essentiel de partager, d’amour, et de réconfort pour l’enfant comme pour le parent.

Ces moments sont d’ailleurs d’autant plus importants pour les parents, allant jusqu’à les aider pour eux-mêmes, et dans leur (parfois) “dur métier de parent”. Cela leur permet également d’être, si besoin est, le “médecin” de leur(s) enfant(s). C’est aussi une façon de “baigner ses enfants, et soi-même, dans un bain d’amour” (autre remède souverain).

Au Québec, certains auteur(e)s s’en sont fait une spécialité! Il faut dire qu’ils ont aussi une pédagogie très intéressante, qui allie précision (francophone) et multidimensionnalité (anglophone); et ainsi répond très bien à certains maux de notre époque.

La nature au service de l’émotionnel et du cognitif

Ce qui me fait dire aussi qu’un certain nombre de praticiennes et praticiens, dits “non-ericksoniens”, et même ignorant tout de ces techniques, les utilisent comme “Monsieur Jourdain faisait de la prose…”, sans le savoir. Ils feraient d’ailleurs bien de s’y mettre, à commencer par les médecins (toutes spécialités confondues), pour leur plus grand bien, celui de leurs patientes et patients; et même pour une meilleure efficacité de leur pratique. Je le recommande également aux enseignants et encadrants. Mais là est un autre sujet.

Au fait, saviez-vous que le Dr Milton H. Erickson recevait parfois certains de ses patientes et patients dans son jardin? De quoi leur parlait-il alors? De ses plantes, et de sa passion du jardinage! Pourtant, il s’agissait bien de consultations à vocation thérapeutiques. Et il était connu, et reconnu, pour sa grande efficacité! Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il était considéré par ses paires comme l’un des plus grands thérapeutes de son siècle (le XXème).

Une pédagogie très naturelle

Le Grand-Žtang, dans la fort tropicale humide, ˆ 400m d'altitude, est alimentŽ par 3 sources. Le Grand-Žtang est situŽ sur la commune de Capesterre. Photo: Daniel Jolivet

Le Grand-éŽtang, dans la forêt humide, en Guadeloupe. Photo: Daniel Jolivet [*]

Dr M. H. Erickson qui faisait cela également avec ses étudiantes et étudiants. Il pouvait y avoir parmi eux des médecins et autres soignants, parfois émérites. Car, quoi de mieux que de leur parler de la nature, et des merveilles qui la composent, pour leur faire saisir l’importance du langage imagé, métaphorique, pour la psyché humaine, et dans sa relation au patient?

Bien d’autres ont repris cette façon de dispenser un enseignement. Dans certaines cultures, elle pré-existait déjà, depuis l’aube des temps. Et dans certains pays, il existe même des écoles qui se pratiquent ainsi, dans la nature; ou en rapport avec elle, comme c’est le cas pour la méthode Montésorri[*]. Un rapport à la nature et à l’environnement dont les bienfaits ont été largement démontrées et documentés en neurosciences et psychologie du comportement.

Ainsi, ces recherche scientifiques, parfois majeures dans leur apport au savoir, ont par exemple démontré que lorsqu’un enfant regarde par la fenêtre de sa classe un paysage de verdure, en fait, loin de se disperser, il se recentre tout naturellement, et recentre son attention. D’où l’importance d’avoir un environnement verdoyant dans les écoles et établissement secondaires. Sachant que quelques arbres suffisent. Ces mêmes recherches ont également démontré que le simple fait d’aller se promener dans la nature, notamment en forêt, avait un effet bénéfique quasi immédiat et quantifiables sur le cerveau.

L’histoire d’un plan de tomate

Je me souviens, il y a très longtemps, avoir fait le coup. Lors de l’une de mes premières grandes conférences, j’avais raconté l’histoire d’un plant de tomate, depuis la graine planté dans le sol, jusqu’à son épanouissement complet. Le sujet était bien plus passionnant qu’il n’y paraît! Et très rapidement, le brouhaha s’était d’ailleurs arrêté. Tout le monde écoutait, très attentivement. Même si certains, pendant quelques minutes encore, s’étonnaient que je parle de cette plante, de la façon dont elle grandissait, s’épanouissait, et nous offrait de belle tomates, goûteuses et nourrissantes à souhait. Que du bonheur! Alors que la conférence portait sur un thème de santé.

Voyant que cela fonctionnait merveilleux bien, et ayant désormais l’attention de toutes et tous, j’ai poursuivi tout le déroulé de ma conférence sur le même ton, et tempo; ponctué de traits d’humour, auxquels répondaient les rires de l’assistance. Un “one man shwo”? Pas vraiment… Car le sujet en soi était très sérieux, et même grave. Au terme de cette conférence, beaucoup sont venu vers moi me dire combien cela leur avait fait le plus grand bien. Mais j’avais déjà pu le constater sur leur visage, reposé, et serein.

Par la suite, j’ai utilisé certaines de ces techniques en cours, et même lors de conversation en aparté avec des étudiantes et étudiants. Ce fut également le cas en milieux hospitalier, avec des patientes et patients en chirurgie, ou plongées dans un coma. Je parle là entre autre de langage métaphorique. Et si l’on regarde bien l’histoire des sociétés humaines, cette forme d’enseignement, voire de guidance, y compris à caractère thérapeutique, a existé de tout temps, et dans toutes les cultures, toutes les civilisations.

Une belle mise en musique

Ainsi, la patiente ou le patient va se rendre compte que la ou le praticien lui parle d’une façon différente qu’à l’accoutumée, qu’il utilisera des anecdotes et autres métaphores, des variations de ton, de l’humour, etc. Il ira même jusqu’à faire des “fautes” de langage, varier de ton (quitte à parfois le hausser) et autres (parfois magistraux) effets de manche. Une forme de plaidoirie pour l’obtention d’une vie meilleure? Mais aussi, il illustrera son propos de témoignages et autres faits, parfois d’actualité.

Comme pour le conte, cependant peut-être de façon moins ostensible que sur des planches, l’hypnose conversationnelle fera appel à une forme de mise en scène du propos. Cela pourra se faire de différentes façons. Mais aura toujours pour objectif d’aider la patiente ou le patient, la cliente ou le client, à trouver en elle ou lui les ressorts qui l’aideront à aboutir victorieusement dans sa démarche.

Un problème n’est qu’une équation

J’aime aussi à dire que l’hypnose conversationnelle est une façon de mettre en musique l’énoncé d’une équation. En effet, un problème, au sens mathématique comme thérapeutique du terme, n’est qu’une équation. Il suffit dès lors de trouver la bonne équation, et de bien la poser, pour commencer à avoir résolu le problème.

Et cette mise en musique, si la partition est bien composée, tiendra de la plus belle des symphonies. Laquelle entrera parfaitement en résonance avec ce magnifique orchestre philharmonique que sont toutes les composantes qui constituent l’être humain; et au-delà, le vivant. Et dont le chef d’orchestre n’est autre que le cerveau!

Un chemin libératoire

La praticienne ou le praticien pourra ainsi utiliser des illustrations qui n’ont en apparence rien à voir avec le sujet; au sens du thème traité. Et pourtant, sera parfaitement au centre de la question. La vie n’écrit-elle pas des lignes droites avec des courbes? Comme le sera la ou le patient qui écoutera, et peut-être réagira, pour finir par construire un chemin libératoire dans son imaginaire, et sa vie.

L’une des plus grande sagesses, disait en substance Oscar Wilde, est de se rappeler les rêves que l’on a fait. Il avait mille fois raison! D’autant que le rêve, composante essentielle de tout être vivant, est un levier de réalisation. Et par la force émotionnelle des messages qu’il transmet au subconscient, s’ils ne sont pas illusoires, obtient de celui-ci toute sont attention, et sa force, sa capacité, d’accomplissement.

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Photos*:
– Le Dr Milton H. Erickson (1901-1980), médecin et psychologue, a joué un rôle essentiel dans le renouvellement de l’hypnose clinique; et a consacré de nombreux travaux à l’hypnose thérapeutique. Son approche innovante en psychothérapie repose sur la conviction que le patient possède en lui les ressources pour répondre de manière appropriée aux situations qu’il rencontre. Lire plus…
– L’école de Palo Alto est un courant de pensée et de recherche ayant pris le nom de la ville de Palo Alto en Californie, à partir du début des années 1950. On le cite en psychologie et psycho-sociologie ainsi qu’en sciences de l’information et de la communication en rapport avec les concepts de la cybernétique. Ce courant est notamment à l’origine de la thérapie familiale et de la thérapie brève. L’école a été fondée par Gregory Bateson (anthropologue) avec le concours de Donald D. Jackson, John Weakland, Jay Haley, Richard Fisch, William Fry, Paul Watzlawick, et le concours bien sûr du Dr Milton H. Erickson. S’est greffé autour de cette idée tout une série d’instituts, ainsi qu’une université, et même un hôpital de vétérans. Lire plus…
– L’hypnosédation est un ensemble de techniques en hypnose médicale, destiné à palier en aprtie vorie totalement à une des narcose de type classique, thérorisé par le Pr. marie-Elisabeth Faymonville, à l’époque anesthésiste au CHU de Liège, en Belgique. Mais déjà existait au XIXème siècle des compte-rendus d’intervention chirurgicales pratiquées sous hypnose en Inde, en ce temps-là colonie britannique.
– Goupil-Fesquet Frédéric Auguste Antoine (1817–1878), Conteur arabe au milieu des Fellahs en Egypte, 1843.
Daniel Jolivet, photographe, Guadeloupe (Grand-étang). Le Grand-étang, dans la forêt tropicale humide, à 400m d’altitude, est alimenté par 3 sources. Le Grand-étang est situé sur la commune de Capesterre. The Great Pond in rainforest, 400m above sea level, is fed by 3 sources.The Great Pond is located on the town of Capesterre. https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ A ne pas confondre avec son homonyme québécois, Daniel Jolivet, artiste peintre.
– La méthode Montessori est née des travaux du Dr Maria Montessori, médecin et pédagogue (1870-1952). C’est une pédagogie, très juste, car proche des réalité du développement de l’enfant, basée sur son éducation sensorielle et kinesthésique; mais pas seulement. Lire plus…

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